Vanina Bodurova
Todor Terziev
Fondation “Professeur Docteur Georgi Lozanov et
Professeur Docteur Evelina Gateva”
C’était le 6 mai 2019 lorsque dans la chambre d’hôtel à Liège cette phrase de Tsveti [1] sonna comme un message.
«L’amour est toujours à la mode», disent les Français. De son cœur chaleureux, elle voulait introduire un peu de charme dans la journée de travail particulièrement chargée. Sept ans exactement s’étaient écoulés depuis la disparition du Dr Lozanov et tout dans la nature parlait de la fin d’un cycle – la généreuse pleine lune de 2012 était une nouvelle présence éphémère sept ans plus tard. La Suggestopédie , inconnue dans son propre pays en 2012 était sur le point de rencontrer son premier public près de la capitale de l’Union européenne, avec la confiance en soi d’être née en Bulgarie. Il n’y avait rien à craindre ce jour de mai il y a exactement trois ans.
Nous avions accompli le premier des legs du Dr Lozanov – ramener le centre de la Suggestopédie en Bulgarie. Cela s’était fait systématiquement, calmement, patiemment avec beaucoup de travail et d’Amour de la part de tous les enseignants, chercheurs, étudiants et élèves qui avaient cédé à l’enchantement de l’enseignement inspiré.
Il fallait franchir une nouvelle étape, s’introduire dans le monde, mettre un nouveau point sur la carte européenne et raconter sa respiration. L’amour en 2019 avait le visage d’une femme embrassant doucement une rose peinte par Valery Tsenov. Elle se tenait devant un monde de langues étrangères prêt à apporter une nouvelle vigueur à son existence. Elle a ému les mathématiciens et les chimistes d’Europe de l’Est ainsi que les jeunes enseignantes des îles Canaries qui l’ont comparée à des volcans. Si seulement le Docteur Lozanov pouvait voir cette salle de l’Université de Liège.
Les trois années qui ont suivi ont mis en ordre les informations sur le travail accompli, grâce au dévouement de dizaines d’enseignants, à la copie des œuvres originales du Dr Lozanov et du Dr Gateva , à la rédaction d’articles, ainsi qu’à l’ analyse de la situation qui était inconnue du monde entier, confinée et effrayée, révoltée et en désaccord, mais indubitablement confrontée à des conditions inattendues.
Qu’est-il arrivé à l’Amour? Elle attendait silencieusement d’être convoquée, d’être présentée à travers les écrans. Elle a trouvé ses définitions, ses explications, ses expérimentations pour se faufiler entre les pixels et exister – dans le sourire de l’autre, dans le silence après la séance de concert, dans l’imaginaire des professeurs. Elle se faufilait avec son image gracieuse et même elle ne pouvait pas sentir bon avec le vrai parfum des fleurs printanières. Elle était, tout comme un tableau de Botticelli, l’allégorie du printemps et tous les mouvements conscients et inconscients lui donnaient l’intime intention d’être humaine.
Il fallait être courageux pour l’inviter.
Mais l’Amour, elle-même, a toujours été courageuse.
Aujourd’hui, 10 ans après ce premier 6 mai 2012, inattendue et fière, Elle est dans les mots de toutes ces femmes – sœurs, mères et épouses qui veulent protéger et sauver leurs fils et maris, qui plaident pour la paix. Aujourd’hui cette Amour a un autre visage, une autre forme, mais Elle est toujours là et ne recule jamais. Habillée simplement, avec un visage familier, Elle est attentionnée, miséricordieuse et compatissante.
En ce 6 mai, beaucoup d’entre nous pourraient se demander ce qu’aurait dit le Dr Lozanov à propos de la guerre ? Humaniste, il raconterait peut-être l’histoire de son Harkiv – tout cela s’est passé il y a longtemps, en ces temps de ténèbres communistes, où lui-même devait encore une fois être sauvé. Il y avait un professeur avec un problème de santé. Il devait toujours resté au côté de sa femme mais cette nuit-là, il avait secrètement décidé de monter dans le train de nuit pour faire tout le trajet de Harkiv à Sofia et se précipiter pour voir son élève le matin avec les mots : “Deviens immédiatement un membre du parti ou ta vie est en grand danger”.
Docteur Lozanov aimait beaucoup son professeur, le psychothérapeute ukrainien de renommée mondiale Ilya Zaharievitch Velvovsky . Il parlait toujours de lui avec admiration. Cependant, en cette occasion particulière, comment le regardait-il ? Le cœur plein d’une immense gratitude pour le grand risque qu’il avait pris pour le bien de son élève, et pourtant brisé car il devait le décevoir car il exprimait la détermination inébranlable de ne pas céder à l’appel en raison de ses convictions. L’humanité est l’autre nom de l’Amour.
Maintenant, arrêtons-nous un instant et regardons autour de nous. Il y a un homme qui pense à haute voix. Ici, sur la côte de la mer Noire, tout près de Burgas , un jeune homme parle :
“Sur notre chemin, nous rencontrons des voyageurs, des amis, des personnes partageant les mêmes idées, peut-être même l’Amour. Chacun arrive avec quelque chose à donner, un autre à recevoir, puis continue le voyage, certains peuvent même rester. Que pouvons-nous faire d’autre que d’aider, de soutenir et de nourrir l’esprit et l’âme…?
Qu’en est-il de l’Amour?
Elle est toujours là, regardant, souriant doucement, parfois seulement d’un regard.
Son étreinte donne cette force de l’esprit, qui est pure, puissante et inconditionnelle. Elle lève le voile sur l’ivresse sinistre de la transe hypnotique de masse, qui force les gens à oublier leur lien avec Dieu et à s’enfermer dans la réalité virtuelle-matérielle actuelle, où règnent la débauche, la primauté et la sauvagerie des créatures inférieures.
Marcher dans les rues, entrer dans un restaurant, on voit les yeux vides des gens. L’image est terrible et grotesque. La vision du futur se réduit à quelques jours, semaines ou mois. La vue d’ensemble globale du chemin évolutif de l’humanité fait défaut. La société a oublié sa fonction de base – préparer le monde pour les générations futures. Parce que ce que nous faisons maintenant affectera le monde longtemps après que nous aurons avancé, au-delà des portes de la mort. Cette partie qui vit à l’intérieur de nous, appelée âme, qui porte cette connaissance est enfermée derrière les barreaux du matérialisme extrême, elle se rebelle, s’efface et même tombe malade. Détachée de sa source divine, elle devient comme une pile de montre, nourrissant la vulgarité.
L’âme frissonne, presque morte, mais toujours pas rattrapée par les ténèbres, elle attend.
Et là dans le coin…
L’Amour observe.
Elle est toujours prête à rencontrer le sourire et le regard du chercheur. Pour répondre. Et avec sa douce danse, pour briser les chaînes de l’âme captive. Pour lui donner des ailes et l’élever. Pour rappeler à l’âme qu’elle peut tout et que l’envol vers la lumière lui appartient de droit.
Survolant la vie quotidienne laide et scrutant les sombres nuages d’orage de la réalité, l’âme guérit. Elle se connecte à sa nature solaire et une autre réalité parallèle se manifeste. Les forêts, les ruisseaux, les montagnes et la mer émergent comme par magie. Remèdes pour ses blessures. Peu à peu, sa lumière intérieure se renforce, grandit et prend la place qui lui revient parmi les autres gardiens et guerriers sphériques brillants.
Et là, l’Amour observe à nouveau.
Avec un gentil sourire, doux et rayonnant.
Son regard sérieux, déterminé et clair,
Elle accueille l’âme.”
Il est temps pour nous de partir…
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[1] Tsvetelina Boneva est une professeure de français suggestopédique de Stara Zagora, Bulgarie
Traduction
Yannick KERUZEC